Incarner la femme que je suis – du conditionnement à la présence
- Thérésa Doyle
- 1 janv.
- 3 min de lecture
Comment apprend-on à se cacher ?
" Je vais plutôt mettre un jean, ce sera plus discret. Un manteau long, c’est mieux, ça va cacher mes fesses. Non, ça c’est trop sexy.
— Les talons si hauts sur toi, ça fait pute, ma chérie. Merci maman.
— Et le vernis à ongles rouge... Tu vas m'enlever ca tout de suite, ça fait pute. Merci mamie. "
Peut-être que toi aussi, tu as appris très tôt à cacher ton corps, à faire attention, à ne pas être trop.
Alors, là-dedans, comment écouter ce qui résonne vraiment en soi ?
Où commence la réappropriation de soi ?
C’est ainsi qu’adulte, j’ai commencé à aimer mes pieds… avec du vernis rouge.
Côté maquillage, je suis plutôt nature. Pas par militantisme — simplement parce que c’est ce qui me plaît aujourd’hui. C’est plus simple, plus juste pour moi.
Et je me suis offert un sac à main… rose bonbon !
Pas parce qu’une femme doit porter du rose. Non. Simplement parce que je n’osais pas en rêver. Parce que j’avais intériorisé des jugements — ces petites voix qui me disaient ce qu’une femme digne devait faire, penser, porter.
Parce que j’avais jugé, moi-même, ces femmes qui osaient ces sacs qui "pètent".
Et là, en l’achetant, je sentais que je me choisissais, que je défiais doucement ces règles que j’avais apprises à l’insu de mon plein gré.
La petite fille que j’avais été exultait de bonheur.
Que se passe-t-il quand le corps peut enfin parler ?
Premier jour, premier cours d’art-thérapie. L’enseignante nous propose de dessiner, en quelques minutes, qui nous sommes. Sur ma feuille apparaît, en couleurs pastel — rose pâle, avec un peu de jaune — une forme presque ronde, diffuse.
Nous voici presque cinq ans plus tard, en déposant à nouveau qui je suis sur le papier, dans l’instant présent, cette fois avec des pastels gras, réapparaît cette forme rose, ronde. Elle est plus net, les contours sont clairement definis. Je me dis quelle ressemble a un citron.
Je continue le dessin.
Et quelque chose de bien plus charnel apparaît. Quelque chose dont je rougis encore en posant des mots, quelque chose que j’ose à peine montrer.
Oui, c’est bien cela : ce qu’il peut y avoir de plus féminin, dans sa définition la plus corporelle.
Au-delà de cela, j’y vois aussi une flamme. Une femme. Une flamme.
Ces mots surgissent : incarner la femme que je suis.
Des frissons me parcourent. Je me sens ancrée, posée sur la chaise. Quelque chose se libère. Les larmes coulent. Au-delà des mots. Au-delà de la compréhension.
Je suis profondément touchée par la naissance de ce dessin.

Quand quelque chose en soi sait, au-delà des mots
Mon parcours de vie défile alors devant mes yeux. ... Et puis dernières années : par le dessin, j’ai appris à m’explorer, à me faire confiance.
Il y a eu ce coup de foudre. Cette sensation très claire que quelque chose en moi savait — au-delà de moi.
J’ai appris à oser explorer, d'abord pour moi, pas à pas. Puis à transmettre, avec gratitude, ce qui habite au-delà des mots.
C’est cela que j’avais envie de vous partager.
Et déjà, la magie frappe à la porte… ma réalité venait de changer.
Je vous écris, nous sommes le 27 décembre. Ça sonne à ma porte. Je m’interromps dans l’écriture. C’est sûrement la poste... pour les voisins.
Non.
C’est un paquet pour moi. Des chocolats.
Celles et ceux qui me connaissent savent que je suis fan de chocolat — mais pas de n’importe lesquels. Des chocolats de grande qualité, parmi les meilleurs chocolats artisanaux du monde.
Et c’est cela qui frappe à ma porte.
Je ne m’y attendais pas.
Je fonds en larmes.
Merci.
Que se passerait-il si tu faisais confiance à ce que ton corps sait déjà ?
Et pour toi ? Qu'est-ce qui en toi attend d’être reconnu, incarné, honoré ? Pas dans une version parfaite ou idéalisée de toi-même, mais dans ce qui est vivant, sensible, charnel, ici et maintenant.
Incarner la femme que je suis — que tu es — commence parfois ainsi : par un geste simple, un frisson, une larme, un oui silencieux au corps.
Et de là, doucement, tout peut s’ouvrir.

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